Un entretien méconnu de Maurice Ravel à Londres en avril 1924

À l’occasion d’un concert de ses œuvres à l’Æolian Hall de Londres le 26 avril 1924, Maurice Ravel accorda un entretien à son ami G. Jean-Aubry, critique musical et homme de lettres français installé à Londres, dont il avait fait la connaissance à Paris en 1906. Cette interview n’a été publiée qu’en anglais, à notre connaissance, non pas dans un périodique britannique mais dans un quotidien américain de Boston, Christian Science Monitor. Ceci explique sans doute en partie que le document ne soit que très rarement cité dans les principaux ouvrages consacrés au compositeur et ait été oublié dans les diverses éditions de la correspondance, écrits et entretiens de Maurice Ravel, y compris les deux nôtres, dont la plus récente de 2025 aux éditions Gallimard. De ce texte jamais réédité in extenso depuis 1924, nous publions la transcription intégrale et la traduction française dans Dezède. En effet, cette source présente un grand intérêt par son contenu, dans la mesure où le compositeur, habituellement peu prolixe sur ses œuvres, s’exprime de façon un peu plus développée que d’habitude sur ses deux derniers opus. Il donne d’abord des précisions sur la genèse et l’esprit de deux de ses œuvres qui furent créées au concert du 26 avril 1924, la mélodie pour voix et piano Ronsard à son âme, commande de La Revue musicale d’Henry Prunières pour le quatrième centenaire de la naissance de Ronsard, et Tzigane, rapsodie de concert pour violon et piano dédiée à Jelly d’Aranyi, que Ravel avait rencontrée à Londres au cours de l’été 1922 et qu’il avait entendu jouer de la musique tzigane chez la chanteuse Louise Alvar. À propos de Ronsard à son âme, dédiée à la chanteuse Marcelle Gerar et composée en un temps très court, quelques jours seulement, Ravel plaisante sur son habituelle lenteur à composer. Il évoque ensuite son prochain voyage en Espagne, pour les besoins de concerts qu’il doit donner comme chef d’orchestre et comme pianiste : à Madrid, le 5 mai 1924, pour un concert de ses œuvres par l’Orchestre philharmonique de Madrid ; à Barcelone, le 18 mai 1924, pour un concert de musique de chambre. Ravel espérait ensuite pouvoir se rendre à Grenade et y rendre visite à Manuel de Falla, voyage qui ne réalisa finalement pas. L’entretien se termine sur les projets du compositeur : l’achèvement d’une part de L’Enfant et les Sortilèges, sur un livret de Colette (1916-1925), d’autre part de la Sonate pour violon et piano (1922-1927), et « la composition d’un poème symphonique sans sujet, dont tout l’intérêt résidera dans le rythme ». Ce projet n’est pas sans faire penser à l’esprit du futur Bolero (1928) et au projet de ballet espagnol Le Portrait de l’Infante, sur un argument d’Henry Malherbe, commandé en septembre 1923 par la danseuse russe Sonia Pavlov. Pour ce ballet, « petit travail à la Diaghilev » jamais achevé ni monté, Ravel se contentait de réunir plusieurs de ses morceaux orchestraux d’inspiration ibérique (Pavane pour une infante défunte, Alborada del Gracioso, Habanera de la Rapsodie espagnole) et se bornait, « avec dix mesures de composition tout au plus », à ajouter des danses pour faire la liaison entre ces morceaux : parmi elles figurait un Fandango, danse grotesque (manuscrit autographe pour piano de quatre pages vendu à Paris en 1977 et non localisé à ce jour), possiblement lié au futur Bolero, intitulé Fandango à l’origine, la proximité des titres ne semblant pas fortuite. L’entretien de Ravel et Jean-Aubry à Londres de 1924 est une source importante pour le concert du 26 avril 1924 et pour le dossier « Maurice Ravel » de Dezède.

Consulter l’entretien de Ravel et Jean-Aubry d’avril 1924

Consulter le programme du concert du 26 avril 1924

Consulter le dossier Maurice Ravel

Manuel Cornejo
Manuel Cornejo
chercheur sur Maurice Ravel, membre associé de l'IReMus, président-fondateur des Amis de Maurice Ravel (association 1901)

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Manuel Cornejo (10 août 2026). Un entretien méconnu de Maurice Ravel à Londres en avril 1924. Carnet Dezède. Consulté le 16 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16nq0


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