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« L’Affaire Florent Schmitt contre Kurt Weill »

Étrange concert que celui de l’Orchestre symphonique de Paris (OSP) donné le 26 novembre 1933 Salle Pleyel sous la direction de Maurice Abravanel.

En dehors de deux œuvres consacrées, la Symphonie n°1 op. 38 de Robert Schumann et le poème symphonique Don Juan de Richard Strauss, le programme sortait des sentiers battus en proposant une œuvre de Beethoven bien moins jouée que ses symphonies, l’ouverture La consécration de la maison op. 124, le Concerto pour clavier en sol majeur de Jean-Chrétien Bach réorchestré par la claveciniste Marguerite Roegen-Champion, un triptyque pour clavecin et orchestre de cette dernière intitulé Aquarelles, et, surtout, trois airs extraits de l’opéra Der Silbersee [Le Lac d’argent] de Kurt Weill, donnés dans la traduction française de Madeleine Milhaud en création mondiale : La Vendeuse, La Parente pauvre et Ballade de César.

Il convient de préciser le contexte historique : après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler le 30 janvier 1933, les mesures antisémites qui s’ensuivirent rapidement frappèrent directement Kurt Weill, avec une interdiction de ses œuvres. Menacé en raison de son ascendance juive, Kurt Weill vint se réfugier en France, d’abord chez Darius et Madeleine Milhaud à Paris, puis à Louveciennes. Le 10 mai 1933, les œuvres de Kurt Weill furent brûlées lors d’un autodafé, le musicien étant considéré comme représentatif de « la musique dégénérée » (en allemand, « die entartete Musik »). Deux ans plus tard, Kurt Weill devait être déchu de sa nationalité allemande.

Le concert de l’OSP du 26 novembre 1933 fut marqué par un incident qui se produisit après l’audition du troisième des trois airs du Lac d’argent de Kurt Weill. Le compositeur Florent Schmitt ainsi que deux de ses amis, le compositeur Marcel Delannoy et le critique musical René Dumesnil, crièrent à plusieurs reprises « Vive Hitler ! », et l’un des trois, semble-t-il Florent Schmitt, ajouta : « Nous avons assez de mauvais musiciens en France sans qu’on nous envoie tous les Juifs d’Allemagne ». Comme la salle applaudissait les trois mélodies, les cris surprirent l’auditoire, surtout quand l’identité du principal perturbateur fut connue. La chanteuse Madeleine Grey se sentit encouragée et bissa le troisième air, La Ballade de César, à l’origine de l’incident. De nouveau, une fois l’air fini, les trois mêmes musiciens répétèrent les mêmes cris de « Vive Hitler ! » et des agents durent les évacuer de la salle, avant le dernier morceau du programme. Tandis que les trois musiciens quittaient la salle, une jeune femme leur aurait crié « Vous déshonorez la musique française ! ».

Naturellement, l’incident fut amplement relaté par la presse, avec les commentaires et les réactions les plus variés. Plusieurs articles se bornèrent à mentionner l’incident. D’autres affichèrent leur indulgence et leur compréhension envers Florent Schmitt, Marcel Delannoy et René Dumesnil. Lucien Rebatet, dans L’Action française, profita de l’incident pour tenir des propos antisémites sur « l’exode des Juifs d’Allemagne tournant à l’invasion ». René Dumesnil renchérit dans le Mercure de France : « Il ne faudrait pas qu’après avoir failli mourir du cancer américain, nous nous laissions infester par le virus judéo-allemand ». En Allemagne, le Berliner Tageblatt félicita Florent Schmitt. En France, rares furent les articles qui dénoncèrent la « fausse note » de Florent Schmitt et le moyen inapproprié employé pour critiquer la musique de Kurt Weill.

Reconstitué dans Dezède, cet événement historique est accompagné d’un grand nombre de sources permettant de mieux comprendre ce que la presse appela « L’Affaire Florent Schmitt contre Kurt Weill ».

Pour en savoir plus sur cet événement : Dimanche 26 novembre 1933

Atelier Dezède #7 (Zoom, 28 juin 2025)

L’équipe Dezède a organisé son septième atelier à destination des contributeurs du site et des chercheurs le 28 juin 2025

Proposé en visioconférence, l’atelier Dezède est revenu tout d’abord sur la vie du projet, son pilotage institutionnel (conventions et partenariats en cours), le financement de la maintenance (et l’apport des Amis de Maurice Ravel), les missions du Comité scientifique (qui intègre cette année Sabine Le Hir) et les partenariats (consortium Musica2 avec l’évolution du projet MusicaSearch).

Dans le volet diffusion et rayonnement, nous sommes heureux d’annoncer que Dezède est devenu récemment un des référentiels de Wikidata [billet]. Par ailleurs, Dezède a été présenté à Évry (Quels avenirs pour les Humanités numériques, 17 janvier 2015, [billet]), à l’INHA (webinaires Lundis du numérique, 10 février 2025 [conférence en ligne]) et à l’Universidade Estadual Paulista Júlio de Mesquita Filho de São Paulo (visioconférence).

Dans la seconde partie de la matinée, l’atelier a été l’occasion de rappeler les différentes évolutions apportées à Dezède depuis l’an dernier, même si elles ont été peu nombreuses. Il a été question du chantier de traductions, de la curation de données, du mode d’emploi, de la collection HAL et de l’atelier statistiques, mais également du nouveau projet OpenLetter.

Enfin, la matinée s’est terminée sur la présentation des publications associées, de la formation universitaire et des colloques, domaines dans lesquels Dezède a été très présent également.

Publications associées (liste non exhaustive) :

  • Yannick Simon, « De Wagner à Vichy, la diplomatie musicale de l’Allemagne nazie en 1935 » ;
  • Manuel Cornejo, « Bibliographie », in Ravel Boléro ;
  • Manuel Cornejo, « Préface », in Cesário Costa, Maurice Ravel et Pedro de Freitas Branco ;
  • Manuel Cornejo, « “Je suis en excellents termes de camaraderie avec Ravel, en effet”. Louis Aubert et Maurice Ravel, une amitié de quarante ans », in Louis Aubert (1877-1968) : un compositeur entre trois époques ;
  • Musique et République : de la Révolution au Front populaire, catalogue de l’exposition organisée par les Archives nationales de France ;
  • Joann Élart, « Le répertoire du théâtre d’Avignon au début de la Restauration : un répertoire français », in Julie Deramond, L’Opéra d’Avignon : 200 ans d’histoire, Avignon, Éditions universitaires d’Avignon, 2026, p. 73-97.
  • Katharine Ellis, Liliane Siani, Yannick Simon et Sabine Teulon Lardic, « Prométhée de Fauré au théâtre des arènes de Béziers : le gigantisme visuel et sonore », colloque « Gabriel Fauré – Théodore Dubois. Perspectives et héritage », Paris (Opéra-Comique, Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, Institut de France), novembre 2024.

La procédure de signalement des références bibliographiques sur HAL est rappelée. Elle vient nourrir la collection Dezède sur HAL qui comprend à ce jour 79 références.

Formation universitaire

  • Université Toulouse-Jean Jaurès (master, septembre 2025, Yannick Simon) > Le festival international de musique de Toulouse (1950-1951) > https://dezede.org/dossiers/id/826/
  • Université Paul Valéry Montpellier (master, décembre 2024, Jonathan Parisi) > Créations américaines de La Fanciulla del West > https://dezede.hypotheses.org/5857
  • Université de Rouen Normandie (licence, janvier 2025, Frédéric Guérin) > Les revues musicales d’Amédée Méreaux > https://dezede.hypotheses.org/6018
  • Université de Rouen Normandie (licence, janvier 2025, Sabine Le Hir) > Les critiques musicales d’Amédée Méreaux
  • Université de Rouen Normandie (master, janvier 2025, Joann Élart) > Le KammerEnsemble de Paris (1987-2011) > https://dezede.hypotheses.org/6068
  • Université Toulouse-Jean Jaurès (master, mars 2025, Yannick Simon) > Le dernier Ring en français à Toulouse (1949) > https://dezede.hypotheses.org/6384
  • Université Toulouse-Jean Jaurès (master, mars 2025, Yannick Simon) > Le Vaisseau fantôme à Toulouse (1894-2025)  > https://dezede.hypotheses.org/6578
  • ENS Lyon (Jonathan).

Enfin, nous accueillons une nouvelle contributrice et quatre nouveaux contributeurs :

L’après-midi a été consacrée aux présentations de dossiers en cours de réalisation, à venir ou achevés, entre autres :

Après la FAQ largement entamée tout au long de la journée, quelques rendez-vous  de l’année à venir sont communiquées :

  • Dezède à Montréal en novembre 2025 ;
  • colloque des 200 ans de La Dame blanche les 10 et 11 décembre 2025 ;
  • colloque Lyon/Saint-Étienne en mars 2026 ;
  • Atelier Opéra-Comique : date à fixer
  • Atelier Carnet de recherche : date à fixer

La date de l’atelier #8 est arrêtée pour l’an prochain : samedi 27 juin 2026. Celle du Conseil scientifique est aussi choisie : 19 janvier 2026.

Les participant·e·s : Marius Bernado, Cyril Bongers, Luciana Colombo, Lauriane Dumarchapt, Joann Élart, Pierre Girod, Damien Guédon, Sabine Le Hir, Danieli Longo Benedetti, Maxime Margollé, Johana Martin, Élodie Mion, Jonathan Parisi, Lucia Pasini, Stella Rollet, Liliane Siani, Yannick Simon, Sabine Teulon Lardic.

Un seul moteur pour les rechercher toutes

Une étape historique du projet Dezède a été franchie début juin. Elle marque une évolution invisible en apparence, mais fondamentale pour l’interrogation des données du site en front et en backoffice. Jusqu’alors Dezède fonctionnait avec trois moteurs de recherche distincts, créant de l’incohérence dans les méthodes d’interrogation d’une partie à l’autre du site, autant que dans les résultats obtenus à partir d’une même requête ; en outre, ce montage complexe ne facilitait pas la maintenance informatique.

Depuis début juin, les données de Dezède sont désormais interrogeables dans un seul et unique moteur de recherche. Notre développeur a en effet réussi à unifier les trois moteurs de recherche en un seul, abandonnant au passage Elasticsearch pour le moteur de recherche de Wagtail, basé sur PostgreSQL. Ce nouveau moteur beaucoup plus performant a été créé par Bertrand Bordage lui-même pour Wagtail en 2017-2018. La communauté opensource s’en est emparé récemment en le sortant de Wagtail pour le proposer à tout projet Django, pas nécessairement aux seuls projets Wagtail. Pour information, ce qui donne une idée de l’ampleur des données de Dezède, il a fallu 9h40 pour indexer l’ensemble des données dans le nouveau moteur !

Cette évolution a été rendue possible grâce au financement apporté par Sabine Le Hir, lauréate de l’appel à projet Émergences 2020 (Ville de Paris, laboratoire SAPRAT à l’EPHE), qui a choisi de consacrer son reliquat à l’amélioration du moteur de recherche et à la refonte du back office de Dezède. Loin d’être déconnecté du projet d’origine, celui de l’édition de la correspondance de Berlioz, son choix vise au contraire à consolider le projet musicaLetters qui est intimement lié à Dezède et qui partage donc désormais le même moteur de recherche. Le chantier en cours prévoit le basculement du back office de Dezède (actuellement sous Django) vers Wagtail, solution dans laquelle a été développé musicaLetters (lire pour rappel ce billet).

Gains pour la communauté

Nous reprenons les éléments reçus de notre développeur pour indiquer les gains apportés par cette nouvelle approche :

  • pertinence considérablement améliorée dans la partie administration ;
  • uniformisation des résultats obtenus entre recherche / autocomplétion publique et recherche / autocomplétion de l’admin ;
  • amélioration de la sélection d’extraits d’œuvres et du surlignage dans la recherche globale (voir ci-dessous l’exemple « mozart glück ») ;
  • recherche plus rapide dans tous les cas, voire considérablement plus rapide sur certains cas, notamment dans le champ « Recherche libre » de la liste des événements. Pour la requête « Rouen », on passe de 31 s. avant à 0,4 s. aujourd’hui, soit 77 fois plus rapide ;
  • accélération de la réindexation des données liées. Par exemple, modifier la profession « compositeur » déclenchait un script de réindexation qui tournait environ durant 90 minutes ; la même modification déclenche désormais une réindexation qui dure 20 secondes, soit 270 fois plus rapide. Dans beaucoup de cas, cette accélération est moins spectaculaire : par exemple, modifier Wolfgang Amadeus Mozart déclenchait une réindexation de 20 minutes environ, qui chute désormais à 1,5 minute, soit 13 fois plus rapide ;
  • suppression au passage de la suggestion « Essayez aussi », gadget cassé la plupart du temps.

Une démarche éco-responsable

La refonte du moteur de recherche, et plus largement du back office de Dezède, suit une démarche éco-responsable : faire mieux en consommant moins d’énergie. La refonte du moteur aboutit désormais à une charge plus faible sur le serveur, l’un des moteurs de recherche ayant été supprimé, Elasticsearch qui monopolisait à lui-seul 500 Mo de RAM.

Le lancement de musicaLetters a été le point de départ de cette réflexion à laquelle nous sommes très attachés : pourquoi fallait-il inaugurer une énième base de données quand ces données étaient communes à celles disponibles dans Dezède ? Le cahier des charges pour le développement de musicaLetters a donc conçu ce nouvel outil comme une excroissance de Dezède. Cette démarche aboutira à la réunion à court termes de deux projets hébergés sur le même serveur limitant la consommation énergétique, mais également développés avec les mêmes technologies réduisant le coût de maintenance.

Quelques différences qualitatives

 

Autocomplétion globale publique

Autocomplétion des individus dans l’admin

Amélioration de la sélection et surlignage d’extraits

Avant

Après

Pour rappel : où rechercher dans Dezède ?

Une recherche rapide en tête de gondole

Une recherche avancée dans « Recherche »

Une recherche ciblée dans les « Index »

Une recherche dans les événements

Bonnes recherches !

La Société musicale indépendante (1910-1935)

La Société musicale indépendante (SMI) est une importante société de concerts ayant organisé 171 concerts à Paris durant vingt-six ans, depuis le concert inaugural du 20 avril 1910 à la Salle Gaveau au dernier concert du 3 mai 1935 à la Salle Cortot. Cofondée en 1919-1910, à l’initiative de Maurice Ravel, la société est d’abord présidée par Gabriel Fauré de 1910 à 1924, puis alternativement par Maurice Ravel, Florent Schmitt et Léo Sachs, même si, en réalité, Nadia Boulanger, secondée par l’impresario Charles Kiesgen, joue un rôle croissant et déterminant dans l’organisation des concerts de la SMI après la Première Guerre mondiale.

La SMI revendique d’être « un milieu libre, où toutes les tentatives artistiques, sans distinction de genre, de nationalité, de style, ni d’école, recevront bon accueil ». Elle tient à se démarquer de la Société nationale de musique, active depuis 1871, jugée trop conservatrice et insuffisamment ouverte aux « plus jeunes tendances ».

La SMI organise essentiellement des concerts de musique chambre, même si chacune des quatre premières saisons, de 1910 à 1913, s’achève sur un ou deux concerts d’orchestre. Durant son existence, la SMI favorise largement les premières auditions musicales tant de compositeurs français qu’étrangers. Le comité de la SMI se compose d’abord de neuf musiciens français autour de Gabriel Fauré et s’étoffe jusqu’à compter vingt-deux musiciens, dont beaucoup sont étrangers.

La SMI voit son activité réduite pendant la Première Guerre mondiale avec seulement six concerts en quatre ans. Au cours de la saison 1916-1917, malgré la difficulté des temps, le comité de la société refuse un projet de fusion avec la Société nationale de musique auquel Gabriel Fauré était pourtant favorable.

La crise de 29 et le décès du mécène Léo Sachs en 1930 expliquent en grande partie les difficultés croissantes de la SMI et la forte réduction de son activité pendant les cinq dernières années de son existence.

Ce dossier volumineux est le fruit de plusieurs années de travail en collaboration avec Danieli Longo-Benedetti. Il consiste en une refonte du dossier établi par Michel Duchesneau voici près de trente ans dans son excellent ouvrage L’avant-garde musicale et ses sociétés à Paris de 1871 à 1939 (Sprimont [Belgique], Mardaga, 1997), refonte basée sur un ensemble de sources plus complet que celui auquel notre devancier avait eu accès. Nos vifs remerciements à Yannick Simon pour la relecture du dossier.

Consulter le dossier La Société musicale indépendante (1910-1935)

Le 3e Ring bordelais

Archives Bordeaux Métropole, 1053 W 1

Après sa dernière production à Nice (1937-1938) et son éclipse pendant la Seconde Guerre mondiale, le Ring fait son retour en France au Grand-Théâtre de Bordeaux en 1948. Contrairement à une légende tenace, l’occupation de la France par l’armée allemande n’avait pas été très favorable aux productions scéniques wagnériennes. Quant à l’épisode antiwagnérien des lendemains de la Libération, il fait long feu et ne dure que quelques mois.

En 1948, la présence de Victor Forti, qui avait déjà contribué aux productions bordelaises de 1935 et 1937, inscrit ce retour du Ring dans la continuité : traduction française et décors pseudo-réalistes sur le modèle hérité du XIXe siècle. Cette permanence sera néanmoins de courte durée puisque, l’année suivante, le dernier Ring francophone est produit dans la ville voisine de Toulouse — voir Le Ring à Toulouse (1949). En 1954, Bordeaux sera d’ailleurs la première ville française à adopter la version dans sa langue originale (voir Le Ring à Bordeaux (1954)), exception faite de la tentative parisienne du Théâtre des Champs-Élysées en 1929 (voir Le Ring à Paris (1929)). Elle sera désormais la seule à voir le jour sur les scènes françaises.

Consulter le dossier Le Ring à Bordeaux (1948)

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