Tous les articles par Manuel Cornejo

chercheur sur Maurice Ravel, membre associé de l'IReMus, président-fondateur des Amis de Maurice Ravel (association 1901)

Un entretien méconnu de Maurice Ravel à Londres en avril 1924

À l’occasion d’un concert de ses œuvres à l’Æolian Hall de Londres le 26 avril 1924, Maurice Ravel accorda un entretien à son ami G. Jean-Aubry, critique musical et homme de lettres français installé à Londres, dont il avait fait la connaissance à Paris en 1906. Cette interview n’a été publiée qu’en anglais, à notre connaissance, non pas dans un périodique britannique mais dans un quotidien américain de Boston, Christian Science Monitor. Ceci explique sans doute en partie que le document ne soit que très rarement cité dans les principaux ouvrages consacrés au compositeur et ait été oublié dans les diverses éditions de la correspondance, écrits et entretiens de Maurice Ravel, y compris les deux nôtres, dont la plus récente de 2025 aux éditions Gallimard. De ce texte jamais réédité in extenso depuis 1924, nous publions la transcription intégrale et la traduction française dans Dezède. En effet, cette source présente un grand intérêt par son contenu, dans la mesure où le compositeur, habituellement peu prolixe sur ses œuvres, s’exprime de façon un peu plus développée que d’habitude sur ses deux derniers opus. Il donne d’abord des précisions sur la genèse et l’esprit de deux de ses œuvres qui furent créées au concert du 26 avril 1924, la mélodie pour voix et piano Ronsard à son âme, commande de La Revue musicale d’Henry Prunières pour le quatrième centenaire de la naissance de Ronsard, et Tzigane, rapsodie de concert pour violon et piano dédiée à Jelly d’Aranyi, que Ravel avait rencontrée à Londres au cours de l’été 1922 et qu’il avait entendu jouer de la musique tzigane chez la chanteuse Louise Alvar. À propos de Ronsard à son âme, dédiée à la chanteuse Marcelle Gerar et composée en un temps très court, quelques jours seulement, Ravel plaisante sur son habituelle lenteur à composer. Il évoque ensuite son prochain voyage en Espagne, pour les besoins de concerts qu’il doit donner comme chef d’orchestre et comme pianiste : à Madrid, le 5 mai 1924, pour un concert de ses œuvres par l’Orchestre philharmonique de Madrid ; à Barcelone, le 18 mai 1924, pour un concert de musique de chambre. Ravel espérait ensuite pouvoir se rendre à Grenade et y rendre visite à Manuel de Falla, voyage qui ne réalisa finalement pas. L’entretien se termine sur les projets du compositeur : l’achèvement d’une part de L’Enfant et les Sortilèges, sur un livret de Colette (1916-1925), d’autre part de la Sonate pour violon et piano (1922-1927), et « la composition d’un poème symphonique sans sujet, dont tout l’intérêt résidera dans le rythme ». Ce projet n’est pas sans faire penser à l’esprit du futur Bolero (1928) et au projet de ballet espagnol Le Portrait de l’Infante, sur un argument d’Henry Malherbe, commandé en septembre 1923 par la danseuse russe Sonia Pavlov. Pour ce ballet, « petit travail à la Diaghilev » jamais achevé ni monté, Ravel se contentait de réunir plusieurs de ses morceaux orchestraux d’inspiration ibérique (Pavane pour une infante défunte, Alborada del Gracioso, Habanera de la Rapsodie espagnole) et se bornait, « avec dix mesures de composition tout au plus », à ajouter des danses pour faire la liaison entre ces morceaux : parmi elles figurait un Fandango, danse grotesque (manuscrit autographe pour piano de quatre pages vendu à Paris en 1977 et non localisé à ce jour), possiblement lié au futur Bolero, intitulé Fandango à l’origine, la proximité des titres ne semblant pas fortuite. L’entretien de Ravel et Jean-Aubry à Londres de 1924 est une source importante pour le concert du 26 avril 1924 et pour le dossier « Maurice Ravel » de Dezède.

Consulter l’entretien de Ravel et Jean-Aubry d’avril 1924

Consulter le programme du concert du 26 avril 1924

Consulter le dossier Maurice Ravel

« L’Affaire Florent Schmitt contre Kurt Weill »

Étrange concert que celui de l’Orchestre symphonique de Paris (OSP) donné le 26 novembre 1933 Salle Pleyel sous la direction de Maurice Abravanel.

En dehors de deux œuvres consacrées, la Symphonie n°1 op. 38 de Robert Schumann et le poème symphonique Don Juan de Richard Strauss, le programme sortait des sentiers battus en proposant une œuvre de Beethoven bien moins jouée que ses symphonies, l’ouverture La consécration de la maison op. 124, le Concerto pour clavier en sol majeur de Jean-Chrétien Bach réorchestré par la claveciniste Marguerite Roegen-Champion, un triptyque pour clavecin et orchestre de cette dernière intitulé Aquarelles, et, surtout, trois airs extraits de l’opéra Der Silbersee [Le Lac d’argent] de Kurt Weill, donnés dans la traduction française de Madeleine Milhaud en création mondiale : La Vendeuse, La Parente pauvre et Ballade de César.

Il convient de préciser le contexte historique : après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler le 30 janvier 1933, les mesures antisémites qui s’ensuivirent rapidement frappèrent directement Kurt Weill, avec une interdiction de ses œuvres. Menacé en raison de son ascendance juive, Kurt Weill vint se réfugier en France, d’abord chez Darius et Madeleine Milhaud à Paris, puis à Louveciennes. Le 10 mai 1933, les œuvres de Kurt Weill furent brûlées lors d’un autodafé, le musicien étant considéré comme représentatif de « la musique dégénérée » (en allemand, « die entartete Musik »). Deux ans plus tard, Kurt Weill devait être déchu de sa nationalité allemande.

Le concert de l’OSP du 26 novembre 1933 fut marqué par un incident qui se produisit après l’audition du troisième des trois airs du Lac d’argent de Kurt Weill. Le compositeur Florent Schmitt ainsi que deux de ses amis, le compositeur Marcel Delannoy et le critique musical René Dumesnil, crièrent à plusieurs reprises « Vive Hitler ! », et l’un des trois, semble-t-il Florent Schmitt, ajouta : « Nous avons assez de mauvais musiciens en France sans qu’on nous envoie tous les Juifs d’Allemagne ». Comme la salle applaudissait les trois mélodies, les cris surprirent l’auditoire, surtout quand l’identité du principal perturbateur fut connue. La chanteuse Madeleine Grey se sentit encouragée et bissa le troisième air, La Ballade de César, à l’origine de l’incident. De nouveau, une fois l’air fini, les trois mêmes musiciens répétèrent les mêmes cris de « Vive Hitler ! » et des agents durent les évacuer de la salle, avant le dernier morceau du programme. Tandis que les trois musiciens quittaient la salle, une jeune femme leur aurait crié « Vous déshonorez la musique française ! ».

Naturellement, l’incident fut amplement relaté par la presse, avec les commentaires et les réactions les plus variés. Plusieurs articles se bornèrent à mentionner l’incident. D’autres affichèrent leur indulgence et leur compréhension envers Florent Schmitt, Marcel Delannoy et René Dumesnil. Lucien Rebatet, dans L’Action française, profita de l’incident pour tenir des propos antisémites sur « l’exode des Juifs d’Allemagne tournant à l’invasion ». René Dumesnil renchérit dans le Mercure de France : « Il ne faudrait pas qu’après avoir failli mourir du cancer américain, nous nous laissions infester par le virus judéo-allemand ». En Allemagne, le Berliner Tageblatt félicita Florent Schmitt. En France, rares furent les articles qui dénoncèrent la « fausse note » de Florent Schmitt et le moyen inapproprié employé pour critiquer la musique de Kurt Weill.

Reconstitué dans Dezède, cet événement historique est accompagné d’un grand nombre de sources permettant de mieux comprendre ce que la presse appela « L’Affaire Florent Schmitt contre Kurt Weill ».

Pour en savoir plus sur cet événement : Dimanche 26 novembre 1933

La Société musicale indépendante (1910-1935)

La Société musicale indépendante (SMI) est une importante société de concerts ayant organisé 171 concerts à Paris durant vingt-six ans, depuis le concert inaugural du 20 avril 1910 à la Salle Gaveau au dernier concert du 3 mai 1935 à la Salle Cortot. Cofondée en 1919-1910, à l’initiative de Maurice Ravel, la société est d’abord présidée par Gabriel Fauré de 1910 à 1924, puis alternativement par Maurice Ravel, Florent Schmitt et Léo Sachs, même si, en réalité, Nadia Boulanger, secondée par l’impresario Charles Kiesgen, joue un rôle croissant et déterminant dans l’organisation des concerts de la SMI après la Première Guerre mondiale.

La SMI revendique d’être « un milieu libre, où toutes les tentatives artistiques, sans distinction de genre, de nationalité, de style, ni d’école, recevront bon accueil ». Elle tient à se démarquer de la Société nationale de musique, active depuis 1871, jugée trop conservatrice et insuffisamment ouverte aux « plus jeunes tendances ».

La SMI organise essentiellement des concerts de musique chambre, même si chacune des quatre premières saisons, de 1910 à 1913, s’achève sur un ou deux concerts d’orchestre. Durant son existence, la SMI favorise largement les premières auditions musicales tant de compositeurs français qu’étrangers. Le comité de la SMI se compose d’abord de neuf musiciens français autour de Gabriel Fauré et s’étoffe jusqu’à compter vingt-deux musiciens, dont beaucoup sont étrangers.

La SMI voit son activité réduite pendant la Première Guerre mondiale avec seulement six concerts en quatre ans. Au cours de la saison 1916-1917, malgré la difficulté des temps, le comité de la société refuse un projet de fusion avec la Société nationale de musique auquel Gabriel Fauré était pourtant favorable.

La crise de 29 et le décès du mécène Léo Sachs en 1930 expliquent en grande partie les difficultés croissantes de la SMI et la forte réduction de son activité pendant les cinq dernières années de son existence.

Ce dossier volumineux est le fruit de plusieurs années de travail en collaboration avec Danieli Longo-Benedetti. Il consiste en une refonte du dossier établi par Michel Duchesneau voici près de trente ans dans son excellent ouvrage L’avant-garde musicale et ses sociétés à Paris de 1871 à 1939 (Sprimont [Belgique], Mardaga, 1997), refonte basée sur un ensemble de sources plus complet que celui auquel notre devancier avait eu accès. Nos vifs remerciements à Yannick Simon pour la relecture du dossier.

Consulter le dossier La Société musicale indépendante (1910-1935)

Quelques nouveautés autour du Noël des jouets de Maurice Ravel (1904-2025)

Pour clore l’année de la commémoration du cent-cinquantenaire de la naissance de Maurice Ravel, nous proposons un dossier Dezède regroupant les premières auditions de la mélodie de Maurice Ravel Noël des jouets, sur un poème du compositeur, de 1904 à 1914. On en connait trois versions.
1° Concernant la version originale pour voix et piano, rarement entendue en concert et moins enregistrée que d’autres, nous avons pu apporter plusieurs précisions nouvelles récemment. Tout d’abord, nous avons pu déterminer que la mélodie, dédiée à Louise Cruppi née Crémieux (petite-fille d’un arrière-grand-oncle de Marcel Proust), avait été composée en 1904 et non en 1905 et qu’elle avait d’abord été publiée en 1905 et non en 1906, comme il était admis. Par ailleurs, nous avons pu réviser la date de la première audition publique de la mélodie : il a été longtemps pris pour acquis que la mélodie avait été créée par Jane Bathori et par le compositeur au piano le 24 mars 1906, Salle Fourcroy à Paris. Cependant, nous avons pu préciser qu’en réalité la création mondiale de la mélodie était antérieure de plus d’un an, le 16 décembre 1904 (peu avant Noël 1904), à la Salle des fêtes du Journal, 100, rue de Richelieu (2e). Les musiciens qui donnèrent alors la première audition du Noël des jouets pour voix et piano sont différents de ceux de 1906 : il s’agit de la chanteuse Marie Mockel et de la pianiste Mme Verneuil. Par ailleurs, irréfutablement, la partition fut d’abord publiée en février 1905 aux éditions Bellon, Ponscarme et Cie (37, boulevard Hausmann, Paris 9e). Par la suite, la partition fut cédée en 1910 aux éditions A.Z. Mathot (11, rue Bergère, Paris 9e) qui en réalisèrent une nouvelle édition en 1914-1915 avant une nouvelle cession en 1930, du vivant du compositeur, aux éditions Salabert (22, rue Chauchat, 9e). Ainsi, l’audition du 24 mars 1906 constitue la seconde audition publique connue de la mélodie, sachant qu’une autre audition de la mélodie, par la chanteuse Jeanne (ou Jeane) Hatto et par l’auteur au piano, avait été prévue le 10 février 1905, aux Concerts Parent, Salle Æolian, mais fut finalement annulée en raison d’un empêchement de la soprano. Par ailleurs, le compositeur Paul Ladmirault, qui fréquenta occasionnellement le cercle ravélien des Apaches de 1902 à 1914, évoque dans une lettre à son épouse de 1915 une audition privée de la mélodie, à leur domicile, 129, rue Legendre (17e), avec le compositeur au piano et une chanteuse qu’il ne nomme pas (Marie Mockel, Jeanne Hatto ou Jane Bathori ?) :

« Te rappelles-tu cette audition du Noël encore manuscrit dont la rue Legendre avait été honorée avec l’interprétation de l’auteur ?!! ».

Comme la partition fut publiée en février 1905, cette audition se situerait logiquement vers Noël 1904.
2° Maurice Ravel réalisa rapidement une première orchestration du Noël des jouets en 1905 achevée au plus tard avant avril 1906. Dans Dezède nous recensons les deux seules auditions connues de cette première orchestration : d’une part, le 26 avril 1906, par Jane Bathori et sous la direction d’orchestre de Désiré-Émile Inghelbrecht, Salle Érard, au 339e concert de la Société nationale de musique ; d’autre part, le 9 décembre 1907, par Louise Durand-Texte et sous la direction de Pierre Monteux, au Théâtre Femina. Nous avons pu conclure que la partition autographe et matériel d’orchestre que gardait visiblement chez lui Pierre Monteux furent ensuite égarés lors de la procédure de divorce du chef d’orchestre avec sa première épouse, la pianiste Victoria Barrière, vers 1909.
3° La disparition accidentelle de la première orchestration du Noël des jouets explique l’existence d’une seconde orchestration de la mélodie réalisée par Maurice Ravel en décembre 1913, à la demande conjuguée de l’éditeur Albert Zunz Mathot, de la chanteuse Jane Bathori et du chef d’orchestre des Grands Concerts de Lyon, Georges-Martin Witkowski. Cette nouvelle orchestration, réalisée chez le compositeur, 4, avenue Carnot (17e), fut d’abord créée à Lyon, Salle Rameau, le 11 janvier 1914. Le programme de salle du concert comporte des explications sur les circonstances peu banales de cette situation :

« Après les premières exécutions (1906) le matériel d’orchestre, qui était en la possession d’un musicien parisien en instance de divorce fut égaré, ou, du moins, l’auteur ne put se le faire restituer. M. Ravel promit alors à M. Mathot, son éditeur, de rétablir la partition d’orchestre. Il mit cependant quelque retard à s’exécuter (car nous sommes en 1914…). Il a fallu l’insistance de Madame Bathori et de M. Witkowski pour obtenir la réalisation de cette promesse ! La partition arrivée à Lyon il y a quelques jours seulement porte, à la dernière page, après la signature de l’auteur, ces mots qui, sans cela, pourraient paraître énigmatiques “Réorchestré –pour cause de divorce – en décembre 1913” ».

Par déduction, il était évident que le mystérieux « musicien parisien en instance de divorce » ne pouvait être que Pierre Monteux, comme nous avons pu nous en assurer. Nos démarches auprès des descendants de Pierre Monteux et de Victoria Barrière n’ont malheureusement pas permis de retrouver trace du matériel d’orchestre de la première orchestration de 1906, sachant que visiblement une partie des archives du chef d’orchestre, d’origine juive, a pu être pillée ou détruite sous l’Occupation, au témoignage de la famille. Quoi qu’il en soit, l’élucidation du mystère concernant l’obscure mention « réorchestré pour cause de divorce » permet d’écarter d’autres hypothèses émises à son sujet, telle qu’un différend éditorial, comme envisagé par Marcel Marnat. Après la création lyonnaise, la première audition parisienne eut lieu le 29 mars 1914, Salle Gaveau, par Hilda Roosevelt et l’Orchestre Hasselmans sous la direction de Lucien Wurmser.
Enfin, dernière nouveauté, nous tenons à rendre publique la localisation de la partition autographe de neuf pages de cette seconde orchestration de décembre 1913 du Noël des jouets. De longue date, nous recherchions ce manuscrit autographe signé par Maurice Ravel. Le catalogue de l’œuvre de Maurice Ravel par Franck Langlois aux éditions Salabert en septembre 2007 suggérait que le manuscrit était conservé aux éditions Salabert. Cependant, nos efforts pour retrouver et consulter cette partition ont longtemps été infructueux. En 2015-2016, nous avions pu consulter au département de la musique de la BnF plusieurs partitions d’œuvres de Maurice Ravel déposées par les éditions Durand-Salabert-Eschig, mais aucune n’était de la main de Maurice Ravel, par exemple l’orchestration des Histoires naturelles de Maurice Ravel par Manuel Rosenthal de 1937, donnée en concert de 1938 à la Seconde Guerre mondiale, avant de sombrer injustement dans l’oubli. En juin 2025, nous nous sommes enquis du manuscrit sans succès. En septembre 2025, Philippe Delavoix, membre de l’association des Amis de Maurice Ravel que nous avons l’honneur de présider, a repris l’enquête. Il a retrouvé la précieuse partition au département de la musique de la BnF, grâce à l’obligeance de Mathias Auclair, directeur du département de la musique, et d’Agnès Simon-Reecht, conservatrice chargée des collections des XXe et XXIe siècles. Le manuscrit autographe signé a été mis en dépôt à la BnF par les éditions Salabert (cotage : MS-25424), même si cette information est à ce jour absente du catalogue informatisé de la BnF. Il faut aussi savoir que le chef Claudio Abbado avait étudié un exemplaire de la partition sous forme de photocopies d’un manuscrit d’une autre main que celle de Ravel et portant les mentions de copyright © Mathot, 1914-Salabert, 1990, mais nous n’avons pas connaissance que le chef ait dirigé ni enregistré cet opus. Sollicitées, les éditions Durand-Salabert-Eschig, propriétaires du manuscrit, ont décidé d’intégrer l’édition de l’orchestration de 1913 du Noël des jouets dans leur plan éditorial de 2026, nous informe Éric Denut, que nous remercions. Il est ainsi permis d’espérer que cette partition, qui fut exécutée publiquement deux fois, avec succès, il y a 112 ans en 1914, et qui n’a que très rarement été redonnée jusqu’au 24 décembre 1940 (date de la dernière audition connue par l’Orchestre national sous la direction de Désiré-Émile Inghelbrecht pour la Radiodiffusion française) et n’a jamais été enregistrée (aucune trace d’enregistrement radiophonique aux archives de l’INA), sorte de l’oubli dans lequel elle est tombée et donne lieu à des auditions publiques et enregistrements discographiques ou radiophoniques à compter de 2026. Cela sera d’autant plus heureux que cette œuvre orchestrale ne fait pas partie de celles reniées par le compositeur, comme Shéhérazade-Ouverture de féerie et l’orchestration d’Une barque sur l’océan, dont Ravel demanda à ses éditeurs de ne plus jamais en louer le matériel d’orchestre après leur première audition pour éviter toute nouvelle audition. Dans une lettre du 11 juillet 1918, Maurice Ravel se référait avec humour à l’effectif instrumental à son orchestration :

« J’espère pouvoir […] diriger, pour petit orchestre, Ma Mère l’Oye, la Pavane, La Flûte enchantée. Pas le Noël des jouets, car il faut pour cela 3 trompettes, trombones, tuba, contrebasson, etc. — plus un bataillon de “musique turque” ».

Lors de la création lyonnaise de l’œuvre, le critique musical Léon Vallas ne cachait pas son enthousiasme :

« Le Noël des jouets de M. Ravel est un petit chef-d’œuvre de description spirituelle et menue : en écoutant cette dernière œuvrette, on assiste vraiment au déballage clinquant d’une boîte à joujoux, et l’on comprend que M. Debussy, toujours attentif aux essais de son jeune confrère en qui il s’obstine à voir un rival dangereux, n’ait pas tardé à écrire à son tour une musique d’étrennes enfantines [La Boîte à joujoux] ».


Consulter le dossier : Les premières auditions du Noël des jouets de Maurice Ravel (1904-1914)

Dezède rejoint les référentiels de Wikidata

Bien qu’ajouté le 21 février 2024 aux Wikidata avec l’identifiant Q124630198Dezède ne faisait pas encore partie des bases de données musicales (Discogs, Grove Music Online, IMSLP, MusicBrainz, etc.) pouvant alimenter des articles de l’encyclopédie Wikipedia. Les choses ont évolué et, ce printemps, Dezède a connu une importante avancée : suite à une discussion interne d’administrateurs de Wikipedia lancée le 18 mars 2025, la possibilité d’ajouter le cas échéant l’identifiant Dezède aux Wikidata d’un individu a été validée le 23 avril 2025. Précisons que Wikidata est la base de données qui centralise les connaissances indispensables à l’encyclopédie Wikipedia. Sur les 40 151 notices d’autorité d’individu existantes au 30 juin 2025 à 15 h sur Dezède, très nombreuses sont celles dont les numéros de notice figurent désormais dans les Wikidata. Toutes n’y figurent pas encore et certaines pourront être ajoutées manuellement après vérification de l’exactitude de leurs données.

Voici, par exemple, les Wikidata de Maurice Ravel :

Dans la mesure où les contributeurs de Dezède ont à cœur de soigner les notices d’autorité d’individu, il n’est pas rare qu’une notice Dezède comporte des informations plus précises que celles figurant sur d’autres notices d’autorité existantes (BnF, ISNI, Library of Congress Authorities, etc.). C’est tout particulièrement le cas des informations d’état civil, grâce, notamment, à la consultation des précieux dictionnaires de lauréats du Conservatoire national (Paris) de Constant Pierre (Le Conservatoire national de musique et de déclamation. Documents historiques et administratifs, Paris, Imprimerie nationale, 1900) – librement consultable dans Gallica – et d’Anne Bongrain (Le Conservatoire national de musique et de déclamation 1900-1930. Documents historiques et administratifs, Paris, Vrin, 2012) qui fournissent systématiquement les lieux et dates de naissance des lauréats et des personnels de l’institution. On peut aussi s’adonner à des recherches généalogiques pour lesquelles on bénéficie de l’abondance des archives d’état civil numérisées sur le site des Archives de Paris, sur les sites internet des archives des départements français et sur les sites internet de quelques grandes villes.

À titre d’exemples, voici deux notices d’individu dans Dezède plus complètes et vérifiées qu’ailleurs sur internet.

Suzy ou Suzie Welty (1895-1966), pianiste française dont les dates et lieux de naissance et de décès ont été longtemps un mystère. L’explication est simple, Suzy Welty est le pseudonyme (nom d’artiste) de Suzanne Weiller, lauréate du Conservatoire de Paris qui figure dans le dictionnaire des lauréats d’Anne Bongrain, p. 402 et p. 591. Il a ensuite suffi d’une recherche généalogique sur le site des Archives de Paris, arrondissement par arrondissement, pour trouver l’acte de naissance de la musicienne sur lequel une mention marginale précisait la date et le lieu de son décès. Ainsi, toutes ses informations d’état civil ont pu être complétées dans Dezède. De plus, la notice donne accès aux versions numérisées de l’acte de naissance et de l’acte de décès. Les notices ISNI et BnF correspondantes, pour ne citer que ces deux autorités, restent à ce jour incomplètes et non corrigées, avec pour seules dates « 18.. » pour la naissance et « 19.. » pour le décès. Grâce au référencement de la notice Dezède dans les Wikidata, espérons que les informations relatives à Suzanne Weiller dite Suzy Welty seront rectifiées dans les bases de données et dans les catalogues des bibliothèques.

Victor Forti (1889-1971) est un ténor wagnérien français dont nous avons pu compléter avant-hier les dates et lieux de naissance sur Dezède en effectuant une recherche généalogique sur le site des Archives de Paris. Grâce au référencement de la notice Dezède dans les Wikidata de cet artiste lyrique, nous pouvons espérer que les informations erronées le concernant seront corrigées, notamment dans la notice BnF et la notice ISNI qui donnent pour dates de naissance et de décès respectivement 1890 et 1974 sans sources solides à l’appui.

Par conséquent, l’entrée des numéros de notices d’individu Dezède dans les Wikidata est un progrès scientifique qui devrait contribuer à enrichir les connaissances sur certains individus.

En outre, au-delà du référencement possible des notices d’autorité Dezède d’individu dans les Wikidata, il est possible dans les diverses déclarations (informations) des Wikidata d’ajouter Dezède comme source. Il suffit de cliquer sur « ajouter une référence », dans la première case. On saisit/coche ensuite « affirmé dans » et dans la seconde case à droite « dezede ». Automatiquement, Dezède apparaît en deuxième parmi les trois options. On clique et on enregistre. Le référencement est immédiatement effectif. Voici, par exemple, la déclaration « pseudonyme » pour G. Jean-Aubry :

Étape 1

Étape 2

Wikidata de la base de données Dezède (Q124630198) https://www.wikidata.org/wiki/Q124630198