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Pierre Vellones

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Par Louis Dupleix

Dans le cadre du travail de recherche consacré à Pierre Vellones, initié par Louis Dupleix, son arrière-petit-fils, ce nouveau dossier retrace la carrière d’un compositeur français de l’entre-deux-guerres, classé par Maurice Ravel « parmi les meilleurs compositeurs, sinon le meilleur compositeur de la jeune génération ». Le point de départ de cette recherche a été l’indexation systématique des événements musicaux compilés par le compositeur et son épouse dans un ensemble de recueils factices qu’ils ont eux-mêmes constitués : programmes de concerts, coupures de presse, annonces et autres documents réunis au fil de sa carrière. Progressivement complété par d’autres sources, ce corpus rassemble plusieurs centaines de références offrant un éclairage sur l’activité intense et éclectique de Pierre Vellones, dont l’œuvre demeure aujourd’hui encore peu étudiée.

Le dossier met en lumière la diversité des milieux et des répertoires dans lesquels sa production circule : ses premières mélodies sur des textes de poètes symbolistes et parnassiens, que des amis salonniers feront figurer à leurs programmes ; ses pièces pour piano, notamment celles destinées aux enfants, que Marguerite Long — dont il fut le médecin — intégrera à son enseignement ; ses partitions pour la scène, que Léon Chancerelle adoptera pour Une Aventure de Babar ; ses compositions pour orchestre, données dès 1926 à la SMI puis aux concerts Pasdeloup et Colonne ; son intérêt précoce pour le saxophone, révélé par la tournée en 1928 du grand orchestre de jazz de Paul Whiteman, instrument dont le répertoire savant s’enrichira du tout premier concerto pour saxophone alto et orchestre grâce à lui ; ses recherches autour des ondes Martenot dès 1929 ; ses collaborations avec des interprètes et des formations qui contribuent à diffuser son travail dans les salles de concert, à la radio et dans différents contextes artistiques. On peut ainsi suivre la trajectoire de pièces majeures telles qu’Au Jardin des bêtes sauvages, le Concerto pour saxophone alto et orchestre, Rastelli ou encore Une Aventure de Babar.

La constitution de cette base repose sur un ensemble particulièrement riche de sources, au premier rang desquelles figurent les recueils factices réunis par Pierre Vellones et son épouse des années 1910 aux années 1940, témoignage précieux sur la réception et la circulation de ses œuvres de son vivant. À ces documents s’ajoutent programmes de salle, annonces et comptes rendus de presse, correspondances, ainsi que d’autres pièces conservées dans les archives du compositeur. Leur étude permet non seulement de documenter les conditions de création et de diffusion, mais aussi de reconstituer les réseaux d’interprètes, de salles, de sociétés de concerts et de médias dans lesquels elles s’inscrivent. Elle fait par exemple apparaître le rôle majeur du Quatuor de saxophones de la Garde républicaine dans la diffusion d’œuvres comme Au Jardin des bêtes sauvages, Valse chromatique, Cavaliers andalous ou Sévillanes ; la création du Concerto par Marcel Mule aux Concerts Pasdeloup en 1935 ; ou encore la présence du poème symphonique Rastelli dans un concert radiodiffusé de l’Orchestre national de France en 1937. Ce croisement des sources personnelles du compositeur avec les documents de la vie musicale de son temps permet ainsi de préciser, lorsque cela est possible, les circonstances concrètes des auditions et la réception des œuvres, sans oublier sa musique de film qui contribue significativement à sa notoriété dès 1933. Les projections dans les salles européennes sont elles aussi indexées, qu’il s’agisse de Casanova de René Barbéris, de La Reine de Biarritz de Jean Toulout, ou des films de montagne de son ami Marcel Ichac, au premier rang desquels Karakoram, documentaire primé à la Mostra de Venise en 1938 et pour lequel Pierre Vellones composa une musique confiée à un septuor d’ondes Martenot. Cette reconnaissance s’accompagne d’autres distinctions : le Grand Prix du disque en 1935 pour Vitamines, pièce pour ondes Martenot, puis la médaille d’argent obtenue à l’Exposition des Arts et Techniques de 1937 pour sa Fête fantastique, composée avec de nombreux instruments exotiques issus du musée de l’Homme, au Trocadéro.

Alors que les récits consacrés à la musique française de l’entre-deux-guerres tendent souvent à privilégier quelques figures et leurs pièces les plus célèbres, ce dossier propose d’aborder la trajectoire de Pierre Vellones à partir de sa vie musicale effective et des multiples contextes dans lesquels son œuvre a été entendue. Cette approche fait apparaître un artiste attentif aux transformations de son époque, qui fait dialoguer tradition française, littérature, exotisme, nouveaux instruments et nouveaux médias. De ses mélodies de jeunesse aux spectacles associant musique, lumière et jets d’eau de l’Exposition de 1937, en passant par le saxophone, les ondes Martenot, la radio et les œuvres destinées au jeune public, son parcours témoigne d’une volonté constante d’explorer de nouvelles correspondances entre les arts et les techniques. Ce travail constitue ainsi un point de départ pour une réévaluation de la place de Pierre Vellones dans la modernité musicale française, et pour l’étude des réseaux, des pratiques d’interprétation et des modes de diffusion qui ont accompagné son œuvre. Il éclaire enfin la manière dont cette production continue aujourd’hui d’irriguer le répertoire : les pièces pour quatuor de saxophones, les Impressions d’Espagne pour flûte, basson et harpe, le Trio pour flûte, harpe et hautbois, des mélodies comme la Lettre du front et les Cinq Épitaphes, ou encore, plus ponctuellement, des œuvres pour ondes Martenot telles que Split, continuent d’être jouées — signe que l’exploration engagée par Pierre Vellones entre les genres, les instruments et les publics n’a rien perdu de sa pertinence.

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Diffusion du répertoire des théâtres parisiens en France du Premier Empire à la monarchie de Juillet

Cours de méthodologie avec les étudiants inscrits en troisième année de licence de musicologie à l’université de Rouen (2026-2027)
Mme Saint-Aubin (rôle de Suzanne) dans François Ier de Kreutzer, Chazet et Sewrin, créé le 14 mars 1807
© Collections BnF

Comme les années précédentes, le cours de méthodologie d’initiation à la recherche propose de découvrir les répertoires des théâtres parisiens et des départements au XIXe siècle, en partant de sources variées (archives, presse, ouvrages) et en proposant une reconstitution normalisée dans Dezède.

Dans un premier temps, nous poursuivrons l’édition de la chronologie de l’Opéra-Comique, d’un côté, en achevant son traitement sur le Premier Empire, et de l’autre, en inaugurant celle de la monarchie de Juillet. Chaque étudiant traitera dans Dezède un mois de l’activité de l’institution à partir des registres d’émargement des honoraires des auteurs conservés à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra. Pour rappel, nous avons déjà reconstitué une chronologie complète entre mai 1807 et juin 1830, à quelques lacunes de sources près. Nous explorerons notamment la période 1805-1807, durant laquelle furent créés des ouvrages comme Uthal de Méhul, Avis au public de Piccinni, Gulistan de Dalayrac ou François Ier de Kreutzer. Ce segment d’histoire de l’institution vient boucler une chronologie complète entre 1789 et 1830 ; en partant à la conquête de la monarchie de Juillet, nous commençons à construire celle qui nous mènera à la période 1848-1914 déjà très avancée (travaux de Frédéric Guérin et Lucia Pasini).

 

Martin (rôle de Gulistan) dans Gulistan de Dalayrac, Étienne et Poisson de la Chabeaussière, créé le 30 septembre 1805
© Collections BnF

Dans un deuxième temps, nous nous arrêterons sur l’intense activité des théâtres parisiens à partir des annonces publiées dans trois périodiques disponibles en ligne sur Gallica (La Pandore, Le Constitutionnel et Le Journal des débats), et ainsi, pourrons-nous mettre en perspective la programmation de l’Opéra-Comique dans une offre de spectacles plus large. Pour ce faire, chaque étudiant devra reconstituer les spectacles des différents théâtres privilégiés correspondant à l’activité d’une journée en 1825, spectacles qui viendront s’ajouter à la reconstitution de la saison 1825-1826 durant laquelle a été créée La Dame blanche à l’Opéra-Comique, le 10 décembre 1825, anniversaire qui a été célébré en décembre dernier pour les 200 ans de sa création.

 

Lesage (rôle de Mr Roch) dans Avis au public de Piccinni et Désaugiers, créé le 22 novembre 1806
© Collections BnF

Dans un troisième temps, nous mettrons en perspective le répertoire de l’Opéra-Comique dans un théâtre de province, le Théâtre des Arts de Rouen. Nous poursuivrons le dépouillement de la presse rouennaise sous l’Empire à partir du Journal de Rouen, pour prendre conscience de la circulation des répertoires en province où l’affiche est largement dominée par le répertoire parisien et en particulier celui de l’Opéra-Comique. Nous nous intéresserons aux années 1810-1811.

 
Dans un quatrième et dernier temps, nous visiterons la Bibliothèque numérique des spectacles de Dezède, qui conserve un ensemble de manuscrits et d’ouvrages imprimés déposés dans Dezède. Nous poursuivrons cette  année l’indexation du Manuel de Colson publié en 1817 à Bordeaux, qui propose un florilège constitué à partir du répertoire d’opéras-comiques donnés dans les théâtres de France.

 
> Le 10 décembre 1825 à Paris (échantillon)


Source des illustrations : Gallica

Un entretien méconnu de Maurice Ravel à Londres en avril 1924

À l’occasion d’un concert de ses œuvres à l’Æolian Hall de Londres le 26 avril 1924, Maurice Ravel accorda un entretien à son ami G. Jean-Aubry, critique musical et homme de lettres français installé à Londres, dont il avait fait la connaissance à Paris en 1906. Cette interview n’a été publiée qu’en anglais, à notre connaissance, non pas dans un périodique britannique mais dans un quotidien américain de Boston, Christian Science Monitor. Ceci explique sans doute en partie que le document ne soit que très rarement cité dans les principaux ouvrages consacrés au compositeur et ait été oublié dans les diverses éditions de la correspondance, écrits et entretiens de Maurice Ravel, y compris les deux nôtres, dont la plus récente de 2025 aux éditions Gallimard. De ce texte jamais réédité in extenso depuis 1924, nous publions la transcription intégrale et la traduction française dans Dezède. En effet, cette source présente un grand intérêt par son contenu, dans la mesure où le compositeur, habituellement peu prolixe sur ses œuvres, s’exprime de façon un peu plus développée que d’habitude sur ses deux derniers opus. Il donne d’abord des précisions sur la genèse et l’esprit de deux de ses œuvres qui furent créées au concert du 26 avril 1924, la mélodie pour voix et piano Ronsard à son âme, commande de La Revue musicale d’Henry Prunières pour le quatrième centenaire de la naissance de Ronsard, et Tzigane, rapsodie de concert pour violon et piano dédiée à Jelly d’Aranyi, que Ravel avait rencontrée à Londres au cours de l’été 1922 et qu’il avait entendu jouer de la musique tzigane chez la chanteuse Louise Alvar. À propos de Ronsard à son âme, dédiée à la chanteuse Marcelle Gerar et composée en un temps très court, quelques jours seulement, Ravel plaisante sur son habituelle lenteur à composer. Il évoque ensuite son prochain voyage en Espagne, pour les besoins de concerts qu’il doit donner comme chef d’orchestre et comme pianiste : à Madrid, le 5 mai 1924, pour un concert de ses œuvres par l’Orchestre philharmonique de Madrid ; à Barcelone, le 18 mai 1924, pour un concert de musique de chambre. Ravel espérait ensuite pouvoir se rendre à Grenade et y rendre visite à Manuel de Falla, voyage qui ne réalisa finalement pas. L’entretien se termine sur les projets du compositeur : l’achèvement d’une part de L’Enfant et les Sortilèges, sur un livret de Colette (1916-1925), d’autre part de la Sonate pour violon et piano (1922-1927), et « la composition d’un poème symphonique sans sujet, dont tout l’intérêt résidera dans le rythme ». Ce projet n’est pas sans faire penser à l’esprit du futur Bolero (1928) et au projet de ballet espagnol Le Portrait de l’Infante, sur un argument d’Henry Malherbe, commandé en septembre 1923 par la danseuse russe Sonia Pavlov. Pour ce ballet, « petit travail à la Diaghilev » jamais achevé ni monté, Ravel se contentait de réunir plusieurs de ses morceaux orchestraux d’inspiration ibérique (Pavane pour une infante défunte, Alborada del Gracioso, Habanera de la Rapsodie espagnole) et se bornait, « avec dix mesures de composition tout au plus », à ajouter des danses pour faire la liaison entre ces morceaux : parmi elles figurait un Fandango, danse grotesque (manuscrit autographe pour piano de quatre pages vendu à Paris en 1977 et non localisé à ce jour), possiblement lié au futur Bolero, intitulé Fandango à l’origine, la proximité des titres ne semblant pas fortuite. L’entretien de Ravel et Jean-Aubry à Londres de 1924 est une source importante pour le concert du 26 avril 1924 et pour le dossier « Maurice Ravel » de Dezède.

Consulter l’entretien de Ravel et Jean-Aubry d’avril 1924

Consulter le programme du concert du 26 avril 1924

Consulter le dossier Maurice Ravel

La Société des grands concerts de Toulouse (1876)

La reconstitution de la vie symphonique à Toulouse connaît une nouvelle étape avec la publication d’un petit dossier consacré à la Société des grands concerts. Son activité, limitée à l’année 1876 et à quatre concerts, du moins dans l’état actuel de nos connaissances, s’inscrit dans le prolongement de celle de la Société des concerts. Cette dernière, fondée en 1860, est en sommeil au cours de l’année 1876, avant de donner ses quatre ultimes prestations pendant l’année 1877. Assurément, la Société des grands concerts joue un rôle marginal dans l’histoire du concert symphonique à Toulouse.

L’intérêt de la Société des grands concerts tient dans son instigateur, le compositeur Édouard Broustet, et dans sa postérité. Élève d’Henry Litolff, Broustet revient dans sa ville natale après un long séjour parisien et plusieurs voyages à l’étranger. Son initiative prend forme dans le dernier trimestre de l’année 1875 et se concrétise le 2 janvier 1876. Seuls trois concerts suivront et aucun autre n’a été identifié par la suite dans la presse locale.

D’une manière très singulière, sinon inédite, c’est à Paris que renaît la Société des grands concerts le 30 octobre 1881 au Cirque des Champs-Élysées. Là aussi, néanmoins, l’expérience fait long feu puisqu’elle s’interrompt à l’issue de la saison 1881-1882.

À Toulouse, la vie symphonique entre dans un temps faible qui se prolongera jusqu’en 1902 et la fondation de la Société des concerts du conservatoire.

Consulter le dossier Société des grands concerts [de Toulouse] (1876)

Villes : une nouvelle catégorie de dossiers

Une nouvelle catégorie de dossiers vient de voir le jour sur Dezède avec l’ambition de faciliter l’accès aux dossiers consacrés à une même ville. Intitulée précisément « Villes », elle permet de pallier l’impossibilité de faire apparaître un dossier dans deux catégories différentes.

Désormais, sur une même page, sont réunis tous les dossiers liés à une ville avec des hyperliens permettant l’accès à chacun d’entre eux. Tel est le cas pour Toulouse :

En réalité, il s’agit plus d’un index que d’un dossier dans la mesure où il ne contient aucun événement. Le moteur de recherche reste le moyen le plus simple de sélectionner tous les événements associés à une ville, y compris ceux intégrés dans un dossier dont le sujet n’est pas un lieu mais un individu ou une société de concerts se déplaçant, une œuvre, un compositeur, etc.

Présentement, des dossiers ont été créés pour les villes d’Angers, Caen, Paris, Rouen et Toulouse. D’autres, concernant des villes françaises ou étrangères, pourront être ouverts.